Afrique subsaharienne : Quand la dette hypothèque l’éducation

Dans un récent rapport, l’Unesco révèle que les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire inférieur font face à un déficit annuel de financement de l’éducation de 97 milliards de dollars

Les États d’Afrique subsaharienne consacrent en moyenne 3,6 fois plus de ressources au service de la dette qu’à l’éducation. C’est ce que révèle l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) dans son rapport « Breaking the debt trap: Policy paper on restoring fiscal space to save education », publié le 10 juillet 2026.

Derrière cette proportion se dessine une réalité préoccupante : une partie croissante des budgets publics est mobilisée pour honorer les créanciers, au détriment de l’investissement dans le capital humain. Le phénomène n’est d’ailleurs pas propre à l’Afrique. À l’échelle des pays en développement, 113 pays représentant 6,1 milliards d’habitants dépensent désormais davantage pour le service de leur dette que pour l’éducation. Dans les 18 pays les plus lourdement endettés, l’écart est encore plus vertigineux. Ici, les remboursements représentent au moins cinq fois les dépenses consacrées à l’éducation.

Mais l’Afrique subsaharienne apparaît comme l’un des épicentres de cette crise. Le problème n’est pas seulement celui du volume de la dette. Il tient surtout à son coût, à la faiblesse des marges budgétaires et à la progression des charges financières dans des économies dont les recettes publiques demeurent limitées. Le service de la dette devient ainsi une dépense incompressible, tandis que l’éducation, pourtant déterminante pour la productivité et la transformation économique, est traitée comme une variable d’ajustement.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que les besoins éducatifs du continent continuent de croître. En effet, l’Afrique subsaharienne doit scolariser une population jeune, recruter des enseignants, construire des salles de classe, développer la formation professionnelle et adapter ses systèmes éducatifs aux mutations technologiques. Or, au moment même où ces investissements deviennent plus urgents, les ressources disponibles se réduisent.

En même temps, l’Unesco estime que les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire inférieur font face à un déficit annuel de financement de l’éducation de 97 milliards de dollars. Plus inquiétant encore, l’aide internationale consacrée à l’éducation pourrait diminuer de 30 % entre 2023 et 2027. Ces pays ont déjà perdu 21 % des montants d’aide qu’ils recevaient en 2023. Pour certains États, dont le Mali, le Niger et le Liberia, les pertes dépassent déjà 40 %.

Le continent se retrouve donc pris dans une équation particulièrement dangereuse : moins d’aide, davantage de dette et des besoins sociaux en forte progression. À terme, cette combinaison risque d’alimenter un cercle vicieux dans lequel le sous-investissement éducatif affaiblit la croissance, réduit les perspectives d’emploi et, par conséquent, limite encore la capacité des États à mobiliser des recettes pour financer leur développement.

L’enjeu dépasse donc largement la seule politique éducative. Réduire les crédits destinés aux enseignants, aux infrastructures, à la formation professionnelle ou aux outils pédagogiques pour préserver les équilibres budgétaires à court terme peut sembler rationnel. Mais économiser aujourd’hui sur l’éducation revient à prendre le risque de payer beaucoup plus cher demain en termes de chômage, de pauvreté et de faible productivité. C’est pourquoi l’appel de l’Unesco à restaurer « l’espace budgétaire » mérite une attention particulière.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *