Aménagement du territoire : Mfou engage la planification de son développement durable

Le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire et la Coopération allemande au Cameroun ont lancé, le 20 octobre 2026 au sein de cette commune, le processus d’élaboration du Plan local d’aménagement et de développement durable du territoire, afin de mieux organiser l’utilisation des terres, valoriser les potentialités locales et concilier développement économique et préservation des ressources naturelles.

La commune de Mfou a engagé une nouvelle étape dans l’organisation de son espace et la programmation de ses investissements. Retenue parmi les quatre communes pilotes du Projet de renforcement des capacités en matière d’aménagement du territoire (Prcat), la municipalité entend se doter d’un outil de planification adapté aux réalités locales, dans un contexte marqué par la pression foncière, la croissance démographique et des besoins croissants en infrastructures et services de base.

Organisée le 20 octobre 2026 dans la salle des Actes de la mairie de Mfou, la cérémonie de lancement du Plan local d’aménagement et de développement durable du territoire (Pladdt) s’est inscrite dans le cadre du partenariat entre le Cameroun et l’Initiative pour la forêt de l’Afrique centrale (Cafi), avec l’appui de la coopération allemande à travers la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ). Le Pladdt doit en effet permettre à la municipalité de mieux définir les usages du sol, d’identifier ses potentialités et de programmer les actions de développement en fonction des besoins des populations.

Située dans le département de la Mefou-et-Afamba, à proximité de Yaoundé, la commune dispose en effet d’importantes potentialités naturelles, agricoles, forestières, touristiques et humaines. Mais cette proximité avec la capitale politique accentue l’occupation de l’espace et rend plus complexe la conciliation entre développement urbain, activités rurales et préservation des ressources naturelles.

Des besoins différents entre zones rurales et urbaines

Pour le maire de Mfou, Francis Ngoumou, la diversité du territoire communal impose une planification capable de tenir compte des réalités propres à chaque localité. « La commune de Mfou aujourd’hui est […] une commune mixte. Elle est semi-urbaine et semi-rurale. Donc, la problématique du développement aujourd’hui n’est pas la même dans tous les coins de la commune », a-t-il relevé. Dans les zones rurales, les difficultés concernent prioritairement la praticabilité des routes, l’accès à l’électricité et l’approvisionnement en eau potable, des facteurs qui affectent directement les activités quotidiennes des populations. Dans les espaces plus urbanisés, la croissance démographique entraîne d’autres contraintes, notamment la gestion des ordures ménagères et l’organisation des services urbains.

Pour l’exécutif communal, le Pladdt doit donc permettre de mieux cibler les interventions et de hiérarchiser les investissements. « La mise en œuvre de ce plan va vraiment nous être d’une très grande utilité parce qu’elle nous permet déjà effectivement de rationaliser notre intervention auprès des populations, en identifiant au préalable […] et pour chaque catégorie de nos concitoyens quels sont leurs problèmes récurrents », a encore expliqué Francis Ngoumou.

L’enjeu est ainsi de disposer d’une vision plus précise des besoins, afin d’orienter les ressources disponibles vers les priorités identifiées et d’améliorer la cohérence des actions municipales. Cette démarche doit également permettre de mieux articuler les investissements dans les infrastructures, les services de base et les activités économiques.

Du côté du ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), il est question de mettre l’accent sur la nécessité d’organiser l’espace avant d’engager les projets de développement. « Il s’agit ici d’organiser le territoire en zones d’affectation spécifiques pour éviter les superpositions, pour éviter les conflits. Donc, on organise l’espace avant qu’on ne vienne mettre en œuvre les projets de développement », a ainsi souligné Patrice Nsegbe, directeur de l’Aménagement du territoire des zones frontalières au Minepat.

Cette approche doit permettre de mieux répartir les usages du sol entre les activités agricoles, l’habitat, les infrastructures, l’exploitation des ressources naturelles et la conservation des écosystèmes. Elle vise aussi à limiter les conflits fonciers susceptibles de retarder les projets ou de compromettre leur efficacité. « Cela garantit la paix sociale parce qu’on va éviter les conflits d’usage. Cela garantit même le développement de ces projets parce qu’ils sont mis en œuvre dans un espace qui leur convient », a ajouté M.Nsegbe.

En somme, cette concertation doit associer les autorités traditionnelles, les services déconcentrés de l’État, les élus locaux, les organisations de la société civile, les opérateurs économiques, les femmes, les jeunes et les communautés locales. Représentant le sous-préfet de Mfou empêché, Mme Charlotte Elvire Mbezele, adjoint au sous-préfet, a insisté sur cette exigence de participation. « Le Pladdt doit être un outil partagé de gouvernance et de développement local construit avec la participation de l’ensemble des acteurs concernés », a-t-elle déclaré. Toujours selon l’autorité administrative, la réussite de cette démarche ne dépendra pas uniquement de la qualité du document élaboré, mais surtout de la capacité collective à le mettre en œuvre. « Notre ambition doit être de léguer aux générations futures un territoire mieux organisé, économiquement dynamique, socialement équitable et écologiquement durable », a-t-elle encore indiqué.

La GIZ en appui

L’élaboration du Pladdt de Mfou bénéficie de l’appui du Projet de renforcement des capacités en matière d’aménagement du territoire, mis en œuvre par la GIZ sous la supervision du Minepat, en collaboration avec le ministère de la Décentralisation et du Développement local (Minddevel), le ministère des Forêts et de la Faune (Minfof) et les collectivités territoriales décentralisées. Le projet intervient dans les régions du Centre, du Sud et du Littoral. Outre Mfou, trois autres communes ont été retenues comme sites pilotes pour l’élaboration de leur plan : Ngambé-Tikar, Melong et Akom II.

Le Prcat constitue l’un des quatre projets de la phase de démarrage du partenariat entre le Cameroun et la Cafi, formalisé par la signature d’une lettre d’intention le 8 octobre 2024 à Hambourg, en Allemagne. Ce partenariat vise notamment à réduire la déforestation, à améliorer la gouvernance territoriale et à promouvoir une croissance économique inclusive, conformément aux orientations de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30). Le projet prévoit également l’accompagnement des conseils régionaux pilotes, la vulgarisation des outils d’aménagement du territoire et le développement de méthodes destinées à améliorer la planification territoriale.

La mise en place de cet outil intervient dans un contexte de pressions croissantes sur les terres et les écosystèmes. Selon la note d’information du Prcat, l’agriculture, majoritairement pratiquée sous la forme de petites exploitations extensives, représente à elle seule plus de 60 % de la déforestation au Cameroun. L’urbanisation, l’augmentation des besoins en logements et en infrastructures ainsi que la concurrence entre les usages agricoles et forestiers renforcent la nécessité d’une gestion anticipée du territoire.

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