Gouvernance : L’absence prolongée de Paul Biya inquiète le monde diplomatique et économique

Pour certains experts financiers, l’incertitude autour de l’état de santé du chef de l’État camerounais a dépassé le cadre politique pour toucher également la crédibilité diplomatique du pays, la confiance de ses partenaires et son attractivité auprès des investisseurs.

Depuis son départ de Yaoundé, le 7 juin 2026, pour « un court séjour à l’étranger », selon le communiqué officiel de Samuel Mvondo Ayolo, directeur du Cabinet civil de la Présidence de la République du Cameroun, le chef de l’État, Paul Biya, demeure absent. Cette absence, qui dépasse désormais les 60 jours, bat le record des 49 jours observé à l’automne 2024.

À la place d’un retour tant attendu du président de la République au bercail, on assiste à la publication d’actes portant sa signature, avec la mention « fait à Yaoundé ». Une situation qui suscite des interrogations quant aux conditions dans lesquelles ces actes sont signés. Ce d’autant plus que le magazine Jeune Afrique affirmait, à la mi-juin 2026, que le président Biya serait pris en charge dans une clinique privée de Genève, en Suisse, où il se trouverait.

S’en est suivie une levée de boucliers de certains membres du gouvernement, dont René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement. Dans une récente déclaration à Radio France Internationale (RFI), ce dernier a affirmé que « le président est vivant et son retour est imminent », sans toutefois avancer de date précise.

L’enjeu de la gestion en l’absence du chef de l’État

Entre-temps, le journal de Béchir Ben Yahmed renseigne que « plusieurs diplomates en poste à Yaoundé se disent convaincus que Paul Biya est hospitalisé en Suisse, et s’étonnent de la position de la Présidence de la République » sur l’état du chef de l’État, âgé de 93 ans. Pour cet expert financier ayant requis l’anonymat, « le doute entourant l’état de santé et l’exercice effectif du pouvoir par Paul Biya a désormais dépassé le cadre politique camerounais pour devenir une préoccupation diplomatique et économique internationale ».

Selon lui, l’incertitude sur l’origine réelle des instructions présidentielles conduirait certains partenaires à différer des décisions sensibles, notamment dans le dossier ferroviaire Cameroun-Tchad. « Plus profondément, cette situation révèle la fragilité d’un système de gouvernance excessivement personnalisé, dans lequel l’essentiel des arbitrages demeure concentré autour du chef de l’État, au détriment des institutions et des administrations techniques. Le risque n’est donc pas seulement politique : il touche également la crédibilité diplomatique du Cameroun, la confiance de ses partenaires et, à terme, son attractivité auprès des investisseurs. Au fond, l’enjeu n’est plus de savoir combien de temps le président peut rester absent, mais de déterminer si l’État camerounais demeure capable de décider, d’engager et d’être cru en son absence », explique-t-il encore.

Les alertes des agences de notation sur la confiance des investisseurs

Comme si cela ne suffisait pas, l’agence Bloomberg, dans une publication du 7 août 2026, alerte sur l’incertitude économique et financière qui pèse sur le Cameroun en raison de l’absence prolongée et de l’âge avancé du président Paul Biya. Cette situation ferait sous-performer les obligations souveraines du pays par rapport à celles d’autres producteurs africains d’hydrocarbures, selon l’agence.

Cette alerte intervient alors que le Cameroun prépare une nouvelle émission obligataire à vocation environnementale et sociale, d’environ 692 millions de dollars, structurée avec l’appui de Matha Capital, de la Banque africaine de développement (BAD), de l’African Trade & Investment Development Insurance (Atidi) et de l’Africa Finance Corporation (AFC).

Une opération qui pourrait être exposée à la perception du risque souverain, alors que les émissions du Cameroun restent plus coûteuses que celles de plusieurs autres pays africains.

D’autre part, l’agence Fitch Ratings anticipe une croissance moyenne de 3,7 % sur la période 2026-2027 et un recul de la dette publique à environ 40 % du PIB. L’agence souligne par ailleurs que le succès de l’eurobond émis par le Trésor public camerounais en janvier 2026 a confirmé l’accès du pays aux marchés extérieurs.

Arrangée par Citi, JP Morgan et Cygnum Capital, cette opération avait permis au Cameroun de lever 750 millions de dollars, contre un objectif initial de 600 millions. L’émission, sursouscrite, affichait un coupon de 8,875 % et un rendement de 10,125 %.

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