Cadre juridique : Les grandes lignes du nouveau Code de nationalité au Gabon

Présentée comme une modernisation d’un texte datant de 1999, elle durcit les conditions d’accès à la nationalité et introduit surtout la possibilité de retrait en cas d’activités jugées « subversives ».

Adoptée le 26 février 2026 sous l’impulsion du président Brice Clotaire Oligui Nguema, la réforme du Code de la nationalité dont les grandes sont publiées depuis quelques jours au Gabon dépasse le simple cadre juridique. Présentée comme une modernisation d’un texte datant de 1999, elle durcit les conditions d’accès à la nationalité et introduit surtout la possibilité de retrait en cas d’activités jugées « subversives », tout en esquissant une inflexion économique fondée sur la priorité nationale.

Le nouveau Code introduit une classification entre Gabonais « d’origine », « d’adoption » et « d’affiliation », une distinction critiquée par une partie de l’opinion qui y voit une remise en cause du vivre-ensemble. Il précise également les motifs de perte de la nationalité : selon l’article 64, tout citoyen servant dans une armée ou une institution étrangère contraire aux intérêts du pays peut être déchu de sa nationalité. La mesure s’étend aux personnes menant des actions jugées « subversives et déstabilisatrices » et refusant de s’y conformer après injonction des autorités.

Les règles d’acquisition sont également durcies. Le délai pour obtenir la nationalité par mariage passe de trois à six ans de vie commune ininterrompue. La démarche devient non automatique et soumise à une demande conjointe, avec obligation d’enregistrement à l’état civil gabonais. Les mariages célébrés à l’étranger seront traités exclusivement par le Tribunal de première instance de Libreville. Le texte prévoit en outre un renforcement du contrôle administratif, avec transmission annuelle des données au ministère de la Justice.

Autre évolution majeure de cette réforme : les personnes naturalisées ne pourront pas, en première génération, accéder à certaines hautes fonctions, notamment celles de magistrat, de ministre ou de collaborateur direct du chef de l’État.

Une stratégie de « patriotisme économique »

Au-delà de ces dispositions, la réforme s’inscrit dans une stratégie de « patriotisme économique ». En restreignant l’accès à la nationalité, l’État cherche à mieux contrôler des leviers clés comme le foncier et certains secteurs d’activité. L’objectif est de limiter la spéculation, préserver les terres agricoles et favoriser une redistribution des activités telles que le transport, le commerce ou l’artisanat, au profit des nationaux.

Cette orientation vise à corriger un déséquilibre historique marqué par la forte présence d’opérateurs étrangers et à soutenir l’émergence d’une classe moyenne locale. Mais sa réussite dépendra de la capacité du tissu économique à prendre le relais, avec un meilleur accès au financement, à la formation et à un accompagnement structuré.

À court terme, des risques existent. Le durcissement du cadre peut inquiéter les investisseurs étrangers et fragiliser certains secteurs, avec des effets possibles sur les prix et l’approvisionnement. Dans une économie encore dépendante des importations, toute perturbation pourrait peser sur le pouvoir d’achat.

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